Organisation

Administrative

Statuts votés par l’Assemblée Générale Extraordinaire du 13 mars 2012

  • Conseil d’Administration
  • Bureau

Désignation du Nouveau Bureau par le Conseil d’Administration 

Catherine BARET : Présidente
Béatrice BAZIN de JESSEY et Monique RENAULT : Vice-Présidentes
Annick SAINT SAUVEUR : Secrétaire
Dorothée MULNER-DUJARDIN : Trésorière

5 conseillères:

  • Bénédicte DUFOURNIER
  • Anne-Catherine DUHAMEL
  • Christiane FOULLON
  • Francesca GAMBLE
  • Caroline JUMELLE

Permanente : contacter Isabelle Philibert

 

Assemblée Générale du 30 mars 2017

La Présidente Catherine Baret a donné lecture de son rapport moral

Rapport des commissions de leur travail au cours de l’année 2016

Annick Saint Sauveur pour la Commission Déléguées AG 2017 :

Béatrice Bazin de Jessey pour la Commission Entraide AG 30 mars 2017

Le rapport moral est adopté à l’unanimité

Conseil d’Administration

  • Fin du mandat d’administrateur de Nathalie Stefani
  • Renouvellement des mandats de Brigitte Choppin de Janvry et d’Annick Saint-Sauveur

Elles sont élues à l’unanimité

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En l’absence de la Trésorière, Dorothée Mulner-Dujardin, Isabelle Philibert, déléguée générale, donne lecture du Bilan et du rapport financier pour l’exercice 2016 :

Pierre-Louis de Cafarelli a été désigné comme expert-comptable pour l’exercice 2016.

Le Compte de résultats présente les activités de l’année 2015 :

Charges :

  • Entretien Petit Equipement budgété pour 1000 € – Dépenses réelles : 175 € : les projets d’acquisition de nouveaux meubles, chaises et tables, ont été différés.
  • La formation à l’écoute suivie par plusieurs membres du Bureau et de la Commission d’Entraide n’avait pas été budgétée (1500 €).
  • L’apparition du poste « Honoraires » correspond à l’intervention de l’expert-comptable, décidée après l’annonce par Patricia Meyssonnier du non-renouvellement de son mandat de trésorière.
  • Pour les rencontres culturelles, le voyage des déléguées à Barcelone n’avait pas été budgété mais l’opération s’est équilibrée.
  • Le budget de l’entraide a été entièrement utilisé.
  • Concernant le poste des salaires, il s’agit de l’augmentation du salaire d’Isabelle Philibert, votée par le Bureau. Par ailleurs les provisions pour congés payés et prime n’avaient pas été budgétées.

 

Produits :

  • Le nombre des cotisations continue à baisser très légèrement (2040 contre 2061 en 2015) en raison de nombreux décès d’Anciennes fidèles cotisantes des premières générations. Ces disparitions ne sont pas tout à fait compensées par l’arrivée des nouvelles promotions. Le Bureau fonde ses espoirs sur les projets pour 2017 : mise en place du paiement en ligne, Opération « Le Bonheur d’Ecrire », lancement de café-conférences, etc…

En dépit de cette légère baisse, les recettes de 2016 sont sensiblement identiques à celles de 2015 malgré l’absence d’un gros don habituellement versé à l’AAECMD.

  • Le poste Apport Entraide correspond à la contribution des familles pour le financement de cours d’anglais pour une jeune de Bobigny ainsi que d’un camp d’été pour le petit-fils d’une Ancienne.
  • On notera la hausse importante liée à l’organisation des ateliers culinaires qui rencontrent manifestement un succès croissant, obligeant même Béatrice à dédoubler certaines séances pour satisfaire les participantes. Ce poste contribue donc largement à l’excédent de l’exercice 2016.
  • Les 1507 € de produits exceptionnels correspondent à une écriture passée 2 fois en fin d’année 2015 et en début 2016.

L’exercice 2016 fait apparaître un excédent de 2863 €, alors que nous avions prévu un déficit de 5920 €.

Le rapport financier est adopté à l’unanimité

Budget 2017

Charges

  • Dans le poste des Honoraires il faut également prendre en compte les honoraires de l’agence éditoriale Scoopitone qui a organisé 2 ateliers pour l’étude et la conception de la Newsletter.
  • Les frais bancaires vont connaître une légère hausse correspondant à la facturation, désormais normale, de notre abonnement professionnel. En effet, suite à une erreur informatique lors de notre changement de domiciliation, l’agence n’avait pas pu nous rétrocéder les sommes indûment perçues ; en compensation, nous avons bénéficié d’une remise sur notre abonnement jusqu’à fin 2016.
  • Le budget de l’entraide est maintenu au même niveau mais il est implicite qu’en cas de besoin supplémentaire, l’Association dispose de réserves qui permettent de parer à des situations urgentes.
  • Au poste des salaires, le versement d’un crédit d’impôt CICE a été budgété ; cette somme allouée pour les salaires moins élevés sera versée à l’AAECMD en 2018 mais pour le compte de 2017. L’expert comptable a ouvert un dossier en ce sens.

 

Produits

  • L’organisation des manifestations, telles que décrites dans les commentaires de l’exercice 2016 permet d’envisager des rentrées de cotisations et dons d’un peu plus de 135 000 €.
  • Dans les produits exceptionnels nous avons intégré 2 000 € correspondant à deux chèques de 1 000 € qui n’ont pas été encaissés par une personne ne souhaitant plus bénéficier de l’aide de l’Association mais il nous faut attendre 1 an avant de pouvoir les réintégrer dans la trésorerie.

Il s’en dégage un léger déficit de 719 €.

Le budget 2017 est approuvé à l’unanimitéMembre du Comité consultatif national d’Ethique

Quitus est donné

 


Notre Assemblée générale s’est poursuivie par une soirée-débat avec

Dominique QUINIO, 

ancienne Directrice du journal La Croix, Présidente des Semaines sociales de France, Membre du Comité consultatif national d’Ethique

sur le thème : “A quoi servent les Chrétiens dans la société?”

 

A QUOI SERVENT LES CHRETIENS DANS LA SOCIETE ?

Merci de votre invitation. C’est un grand plaisir et un honneur. Je ne suis ni théologienne, ni enseignante ; je ne suis spécialiste de rien et curieuse de tout, journaliste en un mot. Journaliste qui exerça son métier dans un journal d’informations générales et d’identité catholique, la Croix. Et aujourd’hui présidente d’une organisation, les Semaines sociales de France, qui essaie également de comprendre les mouvements du monde à la lecture de ce que l’on appelle la doctrine sociale de l’Eglise. C’est donc avec ce double regard que je vais essayer de voir avec vous comment le christianisme peut être une ressource pour le monde d’aujourd’hui, alors que, peut-être, les apparences le présentent comme disqualifié, démodé, décalé, impuissant, dépassé, minoritaire. Je vous laisse le choix des adjectifs désobligeants. Minoritaires, nous le sommes, certes. Mais les enquêtes sociologiques – qui ne sont que sociologiques certes –  dont un travail fait pour le groupe Bayard compte 23% de catholiques « engagés », qui se sentent rattachés à la vie de l’Eglise d’une manière ou d’une autre (rappelons que 5% vont à la messe régulièrement ; 53% se disent catholiques). Ce n’est pas rien.

REGARDER ET AIMER NOTRE MONDE EN PROFONDE MUTATION

Le premier point que je voudrais aborder, c’est précisément la nécessité, comme chrétiens, de regarder ce monde, cette société, telle qu’elle est,  avec bienveillance  et non comme l’ennemi, même si cette société paraît s’éloigner des valeurs évangéliques que nous souhaitons vivre et partager. G. K. Chesterton, né à la fin du 19è siècle, journaliste lui aussi, écrivain britannique converti au catholicisme,  mettait déjà en garde contre  une « Eglise du pessimisme ».

Les malheurs et les dysfonctionnements du monde, certes, ne manquent pas. La liste des sujets d’inquiétude, sur les derniers mois écoulés, suffit à s’en convaincre. Ne serait-ce que la désastreuse campagne électorale que nous sommes en train de vivre.  L’indifférence religieuse, l’individualisme proclamé sont bien réels. Et dans le même temps, partout, à des niveaux modestes ou dans des lieux plus stratégiques, des gens agissent pour que le monde aille mieux. La générosité, l’engagement  ne se démentent  pas. Ils prennent des habits nouveaux. La militance au long cours fonctionne moins. Mais les Français continuent à s’engager.

Je voudrais donc nous inviter ce soir à poser sur le monde un regard à la fois lucide et bienveillant.  Parce que regarder le monde impose, sans idéaliser ce que fut le passé,  d’en voir les deux faces, la face éclairée et la face sombre. Cela nous renvoie au Concile Vatican II, aux premières lignes de la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde, Gaudium et spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Le cardinal Etchegaray, lors du jubilé des journalsites en l’an 2000, nous invitait à regarder aussi loin qu’il y a un homme.

S’il est vrai que les temps que nous vivons connaissent des crises inédites, le  mot de crise est à  prendre dans son acception complète comme en médecine par exemple : un changement important, qui appelle la décision, l’action en parlant de l’Europe, le pape François a précisément mis l’accent sur ce sens que l’on peut donner au mot crise. Le journaliste essayiste Jean-Claude Guillebaud, plutôt que de crises,  préfère  parler de « mutations ». Je vous renvoie à ses ouvrages (« une autre vie est possible » ou « la refondation du monde »). Ces mutations  sont porteuses de menaces, certes, mais aussi de promesses. Il définit 5 mutations majeures qui font de notre temps, un temps de basculement inédit.

Une mutation géopolitique. L’Occident n’est plus le centre du monde. Des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil occupent une place croissante, sur le plan économique, mais aussi en termes d’influence. Leurs cultures et leurs religions se font connaître de tous et la vieille Europe se sent… vieille. Elle l’est, démographiquement. Elle s’essouffle.

La mondialisation de l’économie : l’économie de marché, jusqu’à nos jours plus ou moins contenue par la démocratie et la législation des Etats, échappe à cette démocratie et aux lois censées la réguler. L’Etat-nation a cessé de fixer les règles du jeu sur les marchés, provoquant un décalage entre le jeu économique et la décision démocratique. Les papes contemporains ont maintes fois mis en garde contre cette économie et cette financiarisation qui s’emballent et ne mettent plus l’homme au centre.

L’explosion du numérique crée un nouveau continent, le cybermonde, la Toile, le net. L’information circule à toute puissance, échappe aux frontières, bouscule les notions d’intimité, de secret, de vie privée. Elle offre, dans le même temps,  des possibilités de calcul infinies et rend souvent caducs les systèmes de censure. Mais elle favorise également l’émergence de rumeurs délétères.

Une mutation scientifique et génétique, certaines concernant la procréation …  On s’emploie à « réparer » l’homme : qui se plaindrait du succès des opérations de la hanche et de la pose de prothèses performantes ? Mais certains visent à l’« améliorer », jusqu’où et dans quel but ? La question vaut d’être posée.

Et enfin une mutation écologique, que nous ne pouvons ignorer,  après la percutante lettre encyclique du pape François « Laudato si ». Que va-t-il advenir de notre planète et trouverons-nous ensemble la volonté et les moyens de la préserver, tout en préservant l’homme, également ? Ce que le pape appelle une « écologie intégrale ». « Tout est lié », répète le pape François dans «  Laudato si »: le cri de la terre et le cri des pauvres.

Ces grandes mutations se combinent et posent à l’humanité des défis considérables qui impliquent une vigilance, un discernement, une mobilisation. Citons les propos du Pape (103): « L’immense progrès technologique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience ».  Aider au développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience, ne serait-ce pas la mission des religions, en général, et du christianisme en particulier. En s’appuyant sur les trésors que sont les Ecritures et cette richesse trop ignorée que l’on appelle la doctrine sociale, l’enseignement social,  de l’Eglise.

Bernard Perret, socio-économiste, lors de l’avant- dernière rencontre des Semaines sociales sur les ressources des religions disait :  « Si nous croyons que l’avenir est porteur d’un sens et d’une beauté dont nous ne pouvons même pas concevoir la grandeur, alors cela vaut vraiment la peine de se mobiliser pour le rendre possible », nous dont la foi est né d’un événement incroyable, inouï, inattendu : l’incarnation et la résurrection du Christ.

Deux maux nous guettent. Le découragement.  A ce frein, s’ajoute le manque de confiance en soi, en nous, en l’humanité. Nous n’y arriverons pas, je n’y arriverai pas. Trop petit, trop seul, trop minoritaire, trop anodin, trop peu expert, trop timide…  Personne ne nous respecte ; tout le monde nous en veut. Or, le regard négatif porté sur la société, la sinistrose, conduit à baisser les bras, à se renfermer sur son espace privé, sa communauté, dans une posture de citadelle assiégée, une posture défensive, une attitude de peur et de rejet des autres. Dans l’idée qu’il n’y a rien à faire, que la tâche est trop dure, le monde trop hostile.  Rappelons-nous la phrase de Bernanos dans le Journal d’un curé de campagne : « Le péché contre l’espérance – le plus mortel de tous, est peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. ».

Ou, plus grave encore, nous pouvons nous complaire dans le désenchantement, adopter une posture blasée, de celui qui a tout vu, tout compris, qui sait d’avance comment l’histoire va se terminer et qui se moque bien du résultat : après tout, après nous, le déluge !   « Il y a quelque chose de pire, écrit ainsi Charles Péguy,  que d’avoir une âme perverse. C’est d’avoir une âme habituée ». Une âme fermée à l’inattendu, une âme résignée, une âme cynique, une âme blasée.

Mais attention, l’espérance n’arrive pas comme une petite  touche catho (entendez : béni oui-oui) pour adoucir la dure réalité. Elle est tout aussi indispensable que la lucidité. Et elle ne va pas de soi. Pourtant nos contemporains en ont tant besoin. Mais elle est un combat.

 

PUISER DANS LES TRESORS DE L’EGLISE

Pour nourrir notre action et notre espérance, il nous faut savoir trouver dans la Bible, dans l’enseignement de l’Eglise, dans le témoignage de nombreux chrétiens,  les outils qui nous permettent d’agir.

La grande force du christianisme est de tenir les deux bouts de l’humanité,  le personnel et le collectif, à la fois l’attention à la dignité de chaque personne et  le sens du bien commun. Le siècle passé a vu la faillite d’idéologies qui prônaient le collectif, au détriment du respect de la personne. Notre société au contraire tend à développer l’hyper-individualisme : chacun doit se construire seul et décider seul de sa vie…  La foi chrétienne conjugue les deux dimensions parce qu’elle met l’accent sur la relation. Il ne s’agit pas de négliger notre développement personnel, notre épanouissement,  mais de ne pas oublier que notre personne se construit avec les autres. Cela renvoie au principe de responsabilité du philosophe allemand Hans Jonas : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».

Dans un petit ouvrage d’entretiens, que nous avons écrit ensemble, Monique Baujard qui fut directrice du Service Famille et société » de la Conférence des évêques de France, résumait les principes de la pensée sociale. « La pensée sociale repose sur deux piliers : la dignité de l’homme, d’un côté, et le bien commun, de l’autre. Le respect de la dignité de l’homme, c’est le respect de tout homme et de tout l’homme. Et le bien commun n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais le bien de « nous-tous », du groupe. ». Ces principes ne sont pas des recettes à appliquer, mais des principes, pour guider des choix, des décisions personnelles et collectives.

Je poursuis sa démonstration. Sur ces deux piliers, sont posés deux chapiteaux : le principe de subsidiarité parce que chacun doit contribuer selon ses possibilités, selon ses capacités, là où il est ; et le principe de solidarité, parce que nous sommes tous responsables de tous. La pensée sociale de l’Eglise rajoute l’option préférentielle pour les pauvres : dans toute organisation sociale, il faut toujours vérifier que les pauvres trouvent leur place. Et elle complète avec le principe de destination universelle des biens. L Eglise n’est pas hostile à la propriété, à l’argent mais s’interroge : comment en use-t-on ?

C’est un riche terreau qui doit nous aider à agir dans ce monde qui se focalise sur les droits individuels au risque de négliger le bien commun.  C’est une invitation au discernement, qui doit guider les choix individuels, mais aussi les choix politiques, économiques, sociaux, culturels.

Sur le plan personnel – et ce n’est pas toujours compris comme tel –  la foi chrétienne nous offre à la fois liberté et repères. Un philosophe un jour m’avait interpellée comme responsable de la Croix : vous êtes responsable de la profondeur des questions que se posent vos lecteurs. Nous sommes, chacun, responsables de la profondeur des questions que notre conscience se pose, que se posent nos contemporains,  en les éclairant de toutes ces ressources spirituelles et intellectuelles.
Permettez-moi d’évoquer quelques domaines où les ressources du christianisme peuvent donner un sens à la société, et peut-être la réparer. Des chantiers où, nous chrétiens, avec d’autres (la notion est essentielle, avec d’autres) en raison de l’invitation évangélique, sommes appelés à nous engager. Je ne parlerai guère des secteurs de la solidarité, de la charité (Secours catholique par exemple) ou de l’enseignement (vous connaissez le sujet) qui occupent une place importante dans notre organisation sociale. Je mettrai en lumière quelques lieux peut-être moins évidents ou plus conflictuels.

OU ET COMMENT AGIR ?

LA FAMILLE 

Belle provocation, n’est-ce pas ? S’il est un domaine où la fracture semble consommée entre le monde et l’Eglise, c’est bien celui-ci. Vu de l’extérieur, l’Eglise n’apparaît pas comme l’experte en humanité qu’elle prétend être. Au contraire, elle apparaît comme une « rogneuse » de libertés.  Regardons-la, d’abord, la famille aujourd’hui. Elle est chahutée mais elle résiste, comme lieu d’ancrage, comme rêve aussi auquel aspire la plupart des jeunes. Elle est un espace de sécurité qui permet d’absorber beaucoup des chocs de l’existence : difficultés d’insertion des jeunes, chômage, aide aux parents âgés (contrairement à certaines idées reçues, les familles n’abandonnent pas leurs anciens et les « aidants » sont souvent des aidants familiaux).

Sur le plan affectif, les relations entre parents et enfants sont fortes, plus qu’elles ne le furent peut-être dans le passé, notamment avec les pères de famille. Le passé, sur ce plan-là comme sur beaucoup d’autres, n’est pas à idéaliser. Les adolescents, dans leur très grande majorité,  vont bien, même si l’accent est souvent mis sur leurs problèmes, leur mal-être, leurs mises en danger. A force d’en parler ainsi,  on arrive à un résultat paradoxal en  France ;  toutes les enquêtes, tous les sondages le montrent : quand on demande aux personnes, aux jeunes notamment, s’ils sont confiants dans leur propre avenir,  ils répondent plutôt oui. Mais si on les interroge sur l’avenir de leur génération en général, ils se montrent inquiets. Notre responsabilité d’adultes est engagée.

Mais  la famille est fragile pourtant, chahutée. Elle se présente aujourd’hui sous plusieurs visages, y compris parmi les catholiques : le Synode des évêques l’a bien montré.  Ce décalage entre les réalités de la vie et l’enseignement de l’Eglise semble douloureux pour beaucoup d’entre nous. Comment accueillir ces bouleversements, sans renier ni brader l’exigence à laquelle nous invite l’Eglise ?

Pour les chrétiens, en effet, la famille est un lieu de relations, un lieu même d’expérimentation de la vie en société, où s’apprennent le partage, la solidarité, la négociation, l’amour. Un amour qui ne se « mérite » pas, au sens où le comprend la société d’aujourd’hui où il faut prouver ses capacités, son savoir-faire. L’amour en famille (bien sûr, sans oublier que ce n’est pas toujours le cas), à ce titre, ressemble à l’amour inconditionnel de Dieu pour les hommes. L’amour du Père du prodigue qui l’accueille sans restriction.

Au-delà de sujets épineux qui ont fait l’actualité politique et l’actualité du synode, l’Eglise développe – par ses lieux de préparation et d’accompagnement des couples au mariage, au baptême, dans ses mouvements de jeunesse)  une pédagogie que la société civile ne propose pas. Combien de chrétiens engagés – explicitement ou implicitement – dans le conseil conjugal, la médiation, l’éducation affective et sexuelle des jeunes. Des associations se sont lancées dans la préparation au mariage civil : beaucoup de chrétiens parmi eux.

La société d’aujourd’hui, et les pouvoirs publics, ne prennent pas en compte le coût humain et même économique des séparations, des ruptures. Même si elles en voient les effets, par exemple, sur les familles monoparentales. La famille est vue comme une juxtaposition d’individus ayant chacun  des droits spécifiques, mais  pas vraiment comme une entité globale à prendre en compte.

Nous avons à mener la pédagogie de cet espace de relations qu’est une famille, dans la durée. C’est peut-être sur le sens de cette durée que doit porter aujourd’hui notre effort commun d’enseignement et de témoignage. L’engagement à la durée, à l’indissolubilité, est un risque. Les promesses que se font les époux sont une folie, à vue humaine. S’aimer toute la vie, rien ne le garantit. C’est cette idée du risque et de la confiance qu’il faudrait valoriser. De don de soi à l’autre et de la confiance échangée. Or, aujourd’hui, nous voulons tout prévoir et tout calculer, tout prédire et tout contrôler.

Nous avons aussi à éclaircir la notion de fécondité. A force d’insister sur la fécondité, l’Eglise a pu paraître en réduire le sens. La fécondité d’une famille ne se mesure pas au nombre d’enfants mis au monde. Mais à l’ouverture de cet univers familial aux autres, proches ou lointains. Il est important par ailleurs de comprendre qu’une vie de célibataire, par exemple ou d’une personne devenue seule par les aléas de la vie peut être féconde.

D’ailleurs, l’Eglise n’a sans doute pas assez approfondi son enseignement en direction des personnes célibataires, non engagées dans le sacerdoce ou la vie religieuse. Et peut-être trop négligé la question des solitudes contemporaines. C’est sans doute un des grands chantiers, la solitude, sur lesquels, nous chrétiens pouvons agir. Je me souviens que c’est la Société Saint Vincent de Paul qui avait fait de la solitude une grande cause nationale, et s’implique toujours, avec d’autres partenaires, en direction des personnes seules et isolées.

Au sein de la famille, doit se faire l’apprentissage de la parole échangée et du pardon demandé et accordé. Le pape François rappelait que les mots importants au sein de la cellule familiale étaient : s’il te plait, merci, pardon. Les mots de la prière, en fait.

SANTE, BIOETHIQUE ET FIN DE VIE

De tous temps, les chrétiens, notamment au travers des congrégations religieuses, se sont investis dans ces domaines. Le besoin ne se dément pas, notamment avec le vieillissement de la population et la question de la « dépendance ». L’Eglise qui défend la dignité de la personne, de toute la personne, se doit de le manifester concrètement, d’être en concordance avec son enseignement. Ce qui explique ses positions, et celles des autres religions d’ailleurs, autour de la fin de vie. Même dépendante, une personne conserve sa dignité. Nous savons que beaucoup de chrétiens sont engagés dans les soins palliatifs, pour accompagner les personnes jusqu’au bout de leur vie. Et ces réflexions ont permis d’instaurer en France un débat profond sur ces questions, alors qu’existe une pression pour légaliser l’euthanasie. On peut remarquer, par exemple, que la Belgique qui a adopté une législation très libérale en la matière n’a pas connu ces débats, ni ces temps de maturation de la loi. Bien sûre, le résultat, dans un pays comme le nôtre, laïque et multiculturel, est de l’ordre du consensus, du compromis, ce qui, au fond, ne satisfait personne ; mais cela oblige chacun de nous à se poser la question pour soi et pour ceux qu’on aime d’une mort digne.

L’inquiétude peut venir quand il ne s’agit plus de guérir ou de prévenir une maladie, mais d’ « améliorer » l’humain, de le modifier, et de prédire pour éventuellement éliminer (au stade de l’embryon)  le porteur d’anomalie. Ce que l’on appelle le transhumanisme : la tentation existe aux Etats-Unis notamment, même si la plupart des chercheurs et des scientifiques ne suivent pas ce sillon. La question est toujours celle de la frontière, de la brèche ouverte. Nous avons donc  un devoir de vigilance  – ne pas considérer que ces questions de vie et de mort ne concernent que les spécialistes. Elles nous regardent. Et un devoir de présence  et d’engagement: ce sont des champs d’activité que nous ne devons pas négliger.  Et l’incitation à questionner la notion de « progrès », non pas dans une posture antiscientifique, mais en invitant encore une fois à creuser la complexité des choses.

Il est aujourd’hui un concept développé par des Anglo-Saxons, le  « care » (le soin) , autrement appelé éthique de la sollicitude, visant à mieux vivre  les uns avec les autres et non les uns contre les autres. Attention, soin, responsabilité, prévenance, entraide, en ayant à l’esprit les personnes les plus vulnérables : la notion est  entrée dans le débat public en France, d’abord dans le domaine de la santé, des tâches familiales, essentiellement féminines, mais cela déborde aujourd’hui ce champ-là, pour entrer en politique. Selon la philosophe Sandra Laugier, le care est une « politique de l’ordinaire ». Une politique qui va à l’encontre de l’individualisme ambiant. Peut-être, en fait, cela nous renvoie-t-il à la notion de fraternité, présente dans notre devise nationale. Mais voilà une notion laïcisée avec laquelle les chrétiens pourraient se sentir à l’aise. Je me permets de citer ici Jean Guilhem Xerri,  biologiste médical des hôpitaux, spécialiste de l’exclusion. et longtemps lié à l’association Aux captifs la libération. Pour lui, la santé et le prendre soin doivent être complémentaires et pas seulement gérés par des données économiques et comptables. Il propose «  trois critères anthropologiques essentiels à cultiver : la gratuité, l’accueil de la fragilité, l’intériorité. » (« Le soin dans tous ses états », Desclée de Brouwer en 2011)

ECONOMIE, FINANCES, ECOLOGIE

Autre domaine, où l’on peut souligner quelques progrès, domaines où des associations chrétiennes comme le CCFD et Justice et Paix et d’autres encore, se mobilisent au côté de différents acteurs. On est loin d’avoir éliminé les paradis fiscaux et les manœuvres pour échapper à l’impôt  (l’optimisation fiscale, comme on dit pudiquement) n’ont pas disparu, mais des pas ont été franchis. Contre le secret bancaire en Suisse, ou contre les petits arrangements fiscaux, en Europe, permettant d’attirer des multinationales et faussant la concurrence etc. Des enquêtes européennes sont en cours pour faire payer à ces multinationales « leur juste part de l’impôt », selon  les mots de la commissaire à la concurrence. Des enquêtes sont en cours sur Apple, Amazon, et concernant l’Irlande ou la Belgique … On va vers plus de transparence. Là encore, la route est longue, mais  la mobilisation porte des fruits et, c’est le bon moment, car  le réalisme économique encourage à la « vertu » : les budgets nationaux aspirent à voir entrer cet énorme manque à gagner que représente la fraude fiscale.

Ces questions à se poser collectivement, sur le plan politique par exemple, sur les politiques financières et fiscales. Mais aussi personnellement : que faisons-nous de notre argent, de notre épargne ? Quelle solidarité exerçons-nous avec les plus pauvres ? Comment dialoguer, au sein d’un milieu professionnel, sur ces questions ? Que savons-nous de l’épargne solidaire ?

Nous pouvons aussi nous interroger sur le modèle économique, la mondialisation, la financiarisation  contre laquelle les papes sont très sévères. Nous sommes « drogués à la croissance économique », disait Bernard Perret dans son intervention aux Semaines sociales. Pas seulement pour de mauvaises raisons qui seraient liées au désir d’avoir toujours plus, plus de moyens, plus de confort. Mais parce que cette croissance crée de l’emploi et qu’elle est un moteur puissant de nos sociétés où l’on peut espérer progresser dans l’échelle sociale : c’est donc un facteur d’équilibre social. Mais poursuivre dans cette voie, n’est-ce pas aller à la catastrophe écologique. « Les routines de vie et de pensée, dit-il, dans lesquelles nous sommes englués nous empêchent de faire preuve de l’esprit de responsabilité et des capacités d’auto-limitation qui seraient absolument nécessaire pour nous permettre de vivre ensemble pacifiquement sur une planète aux ressources limitées ». Ce qui implique un changement global, une « conversion », des modes de vie, des techniques, de l’organisation politique, économique et sociale, de la culture et du spirituel. Les vertus cardinales (le mot vertu n’est pas très bien porté) que sont la prudence, la tempérance, le courage et la justice pourraient, sur ce chemin aride, nous servir de guides.

VIVRE ENSEMBLE, LAICITE, ISLAM

Notre société, nous le voyons bien, est traversée par la tentation du repli communautaire. Chacun chez soi, dans sa culture, dans sa religion … ou sa non-religion (puisque c’est le groupe qui augmente le plus aujourd’hui, notamment parmi les jeunes générations). Il est vrai qu’il est plus difficile de vivre dans une société aussi multiculturelle, aussi brassée. Cela fait peur, cela fait craindre de perdre son identité, ses valeurs… Et, à vrai dire, l’islam aujourd’hui inquiète. Pas seulement l’islamisme des djihadistes (qui n’en aurait pas peur ?) mais l’islam de la majorité des musulmans de France : est-il compatible avec la République, le principe de laïcité ?  Même dans les courants chrétiens engagés et ouverts, cette peur gagne, je l’ai constaté parmi les lecteurs d’un journal comme la Croix. Leur attitude a changé, depuis les premières affaires du voile jusqu’à aujourd’hui. El le dialogue engagé avec des musulmans apparaît à certains comme au mieux naïf, au pire comme une compromission voire une trahison du christianisme.

Or ce dialogue doit continuer. Bien sûr,  les musulmans ont à travailler dans leur propre univers pour combattre l’extrémisme. Vaincre l’ignorance est une nécessité. La question est difficile à l’école où certains enseignants ne se sentent pas forcément très à l’aise pour aborder la question religieuse, même sur le seul plan historique. Vous connaissez peut-être ce mouvement de jeunes « Coexister » qui veut faire tomber les idées préconçues. C’est un mouvement multiconfessionnel (qui comprend aussi des jeunes qui se disent incroyants) dans lequel des jeunes chrétiens se sont largement impliqués. Ils vont notamment dans les établissements scolaires pour aider à une meilleure connaissance mutuelle.

Il faut défendre la laïcité, une laïcité « ouverte ». La laïcité n’a pas besoin d’adjectif, disent les partisans d’une laïcité que je qualifierais moi de « dure ». Pourtant, il s’agit bien de cela, préserver cette richesse qu’est la séparation des religions et de l’Etat, mais sans réduire la parole religieuse au silence, ou au secret du cercle intime. Un sondage du Pèlerin, il y a quelques mois rappelait que, pour la majorité des Français, les chrétiens n’étaient pas une menace pour la laïcité. Au contraire même, un tiers d’entre eux leur demandait de parler plus, d’être plus « visibles » en quelque sorte.

Et les chrétiens parlent, vous le savez, et surtout ils parlent parce qu’ils agissent : le Secours catholique qui, chaque année, publie un rapport sur les situations de pauvreté rencontrées, les mouvements liés à l’Abbé Pierre dont les chiffres sur le mal logement font autorité, le CCFD (on l’a vu plus haut ) etc… Ils apportent leur contribution ; ils vivent et agissent en cohérence avec l’Evangile dont ils se réclament. Une cohérence dont notre société a besoin et les jeunes en particulier. N’est-ce pas cela qui séduit des personnes pourtant loin de l’Eglise dans la personne du pape François ?

CONCLUSION

Qu’apporter à cette société, sinon ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons. A condition d’être dans nos façons de vivre et de penser, réellement  « chrétiens ». Sans arrogance, sans sentiment de supériorité.

Je citerai à nouveau Jean-Guilhem Xerri, dans un entretien à un magazine : « la crise actuelle n’est pas tant économique, sociale, morale que spirituelle. Nous sommes malades spirituellement – souffrance psychique, solitude, sentiment de perte de sens, addictions, suicides – et nous cherchons des solutions extérieures à nous-mêmes. Pour faire face, notre société s’appuie sur la pharmacologie, la technologie, le consumérisme. Si les chrétiens ne se sentent pas concernés par l’âme de leurs contemporains qui le sera ? » « Les baptisés doivent révéler à l’homme ce à quoi il est appelé en profondeur : recevoir et donner la vie en abondance. Le cœur de la révélation chrétienne, c’est cela.  Le chrétien est là pour donner envie. Sur la base de ce qui le fait vibrer et non en s’érigeant en modèle. En « parfait » surplombant un monde imparfait… »

Enzo Bianchi, le prieur de la communauté de Bose en Italie, écrivait il y a quelques mois dans la Croix  à propos du Synode sur la famille : ce qui est en jeu, écrit-il, c’est la dimension pastorale, « l’attitude à assumer envers ceux qui se sont trompés et envers la société contemporaine… La miséricorde n’est pas un correctif pour adoucir la justice, ni même un secours pour ceux qui ne connaissent pas la vérité : la justice de Dieu est toujours miséricorde, plus encore c’est la miséricorde qui établit la justice et rend la vérité resplendissante et non éblouissante ».  Je me permets de le paraphraser :  notre attitude, notre manière de dire notre foi, d’en témoigner, d’agir doit rendre le christianisme resplendissant et non éblouissant, voire aveuglant. Lumineux, éclairant mais non aveuglant.

Bernard Perret,  à l’occasion des dernières Semaines sociales, explorant en quoi les religions pouvaient être des ressources pour inventer un monde nouveau, sur fond de mutation écologique, était invité à parler de l’espérance. Les défis colossaux, a-t-il dit en substance,  nous placent dans l’obligation de réinventer le sens de l’aventure humaine, de réinventer également notre foi, de faire toujours du neuf avec le dépôt que nous avons reçu, face  à l’inédit auquel nous sommes confrontés.

Nous devons croire que du nouveau va se produire et qu’il peut passer par nous, que nous sommes co-responsables du monde qui vient. » « L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre », écrivait Antoine de  Saint Exupéry

Faire preuve d’espérance ne va pas de soi. C’est un combat. C’est un risque à prendre, d’accorder sa confiance au monde qui vient et aux hommes qui le préparent.  Ce n’est pas tendance, ce n’est pas dans l’air du temps, qui est l’ère du doute et de la méfiance organisée,  c’est une perpétuelle provocation. Cela me fait penser à un petit livre du P  Robert Scholtus intitulé « petit christianisme d’insolence ». Oui, il est insolent, dans notre monde, dans notre société, de se placer sous le signe de la miséricorde et de l’espérance. Pourtant, nous devons être des « redresseurs d’espérance ». C’est une ascèse, cela demande à chacun un  effort de transformation mentale et spirituelle.

Ayons sur le monde un regard « de solution », comme le journalisme du même nom, en quête de solutions, de pistes à défricher, de ponts à construire, de conversations à mener. Robert Scholtus : « Pour que du neuf advienne, il ne suffit pas de le décréter. Il faut inlassablement l’attendre et le guetter, le surprendre et l’accueillir. »

Je conclurai par ces mots du pape François dans la « Joie de l’Evangile »: « une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la Terre. Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés, et nous aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses Nous avons deux atouts dans nos mains

L’alliance avec d’autres, pas forcément chrétiens. Cette alliance, il nous faut la rechercher et ne pas nous battre seuls. Ensemble, ne veut pas dire au détriment de notre propre identité. Au contraire, le dialogue implique d’être bien ancré dans ses convictions pour pouvoir les tisser avec d’autres.

L’attention aux périphéries : Dans un entretien récent avec des Français, dont Jerome Vignon, mon prédécesseur aux Semaines sociales, le pape est revenu sur son attention aux périphéries. Pour comprendre le centre où on se situe normalement, il faut le regarder du point de vue de la périphérie. Pour comprendre la mission de l’Eglise, il faut la regarder du point de vue des gens à ses marges, du point de vue même des athées. En partant de nous-mêmes, nous ne voyons pas à quoi nous sommes appelés.  Décentrons notre regard.

 

 


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